Le Problème de l'éducation en Politique Économique
Ce texte critique l’enseignement dominant de l’économie politique, jugé excessivement interventionniste et fondé sur la contrainte plutôt que sur la liberté individuelle. En s’appuyant sur l’économie autrichienne et les travaux de Ludwig von Mises et Hans-Hermann Hoppe, l’essai dénonce l’inefficacité de l’interventionnisme, la perte de responsabilité individuelle et appelle à une désocialisation favorisant l’efficacité, la dignité, la liberté et l’autonomie humaine.
LUDWIG VON MISESPOLITIQUE ÉCONOMIQUEINTERVENTIONNISMEPHILOSOPHIE
Yoann Paridaens
2/4/20267 min read
Introduction
En suivant récemment des cours en économie politique à l’université, j’ai été forcé de constater un fait troublant : l’omniprésence de l’enseignement en faveur d’une forte intervention gouvernementale et l’accent systématique mis sur l’égalité au détriment de l’efficacité et de la croissance. Les étudiants apprennent essentiellement à créer toujours plus de réglementations et de politiques publiques, lesquelles entravent le libre fonctionnement du marché et accélèrent le processus de décivilisation et de déclin économique.
L’économie canadienne est dans un état de stagnation, voire de récession, depuis plus d’une décennie. Le taux de chômage augmente, l’inflation persiste et la productivité demeure faible. Pourtant, nous continuons d’enseigner les mêmes théories économiques qui ont conduit le pays à une situation d’insécurité économique, de dépendance à l’État, de fragilité financière et de déclin structurel.
J’aime illustrer ce problème à l’aide d’une analogie mathématique. Prenons la fonction MMT-Keynes(x). Vous pouvez y insérer toutes les réglementations et toutes les intentions vertueuses nécessaires pour être élu dans la variable x : le résultat ne changera pas, car la fonction elle-même est mauvaise. Si le cadre théorique est erroné, aucune bonne intention ne peut en corriger les effets.
Dans cet essai, j’explorerai les fondements épistémologiques de ce problème et les mettrai en lumière. J’aborderai la question de l’intervention gouvernementale, la dépendance à la force et à la contrainte pour maintenir les structures de pouvoir en place, ainsi que certaines perspectives philosophiques sur l’élaboration des politiques publiques et la science économique autrichienne. J’espère que vous apprécierez cet essai.
Le problème
Dans l’enseignement des politiques économiques, il existe essentiellement quatre grandes approches. D’abord, l’approche paternaliste de l’État, que j’appellerai la voie vertueuse. Ensuite, l’approche du public choice, que l’on peut qualifier de voie de la liberté. En macroéconomie interventionniste, on trouve l’approche par la demande, que j’appellerai la voie tyrannique, et l’approche par l’offre, que l’on peut associer à la voie du libre marché laissez-faire.
Les politiques économiques sont presque toujours analysées à travers le prisme efficacité versus équité. Pourtant, l’une repose sur la contrainte absolue, tandis que l’autre repose sur la liberté. Le gouvernement paternaliste et l’économie de la demande ne diffèrent fondamentalement pas : ils reposent sur l’idée qu’un petit groupe de personnes se croit suffisamment instruit et moralement supérieur pour imposer ses valeurs à l’ensemble de la société.
L’histoire regorge d’exemples de dictateurs « vertueux » qui ont détruit leur pays : Castro, Staline, Lénine, Hitler, Mao, et plus récemment des figures comme Trudeau ou Carney. L’enjeu ici n’est pas de comparer le communisme et le fascisme, mais de souligner un point commun : l’interventionnisme économique lourd et l’imposition forcée de valeurs à toute la société.
C’est précisément ce que le système d’éducation en politiques économiques enseigne aujourd’hui : comment devenir un tyran vertueux. Sa philosophie puise ses racines dans le matérialisme historique de Marx, selon lequel les individus seraient incapables de raisonner et de prendre des décisions rationnelles face à leurs problèmes, ce qui justifierait l’intervention de l’État. Il s’agit là d’un dépassement irrespectueux de la dignité individuelle.
De plus, les décideurs politiques et les mathématiciens de l’économie exercent leur profession dans un monde ceteris paribus, alors que la seule constante en économie est le changement. Les êtres humains agissent quotidiennement pour passer d’un état moins satisfaisant à un état plus satisfaisant. Pour agir, l’individu doit raisonner et réagir à la réalité. Il fait un choix rationnel plutôt qu’un autre afin d’atteindre ses objectifs.
Ce choix sera-t-il toujours le meilleur ? Bien sûr que non. Mais c’est précisément là qu’intervient la responsabilité : l’individu raisonne à nouveau et fait un autre choix rationnel, adapté à sa situation. En comprenant l’action humaine comme celle de l’homme agissant, on comprend pourquoi il existe de l’incertitude, du changement, mais aussi de l’innovation, de la croissance et un processus civilisationnel. Tout cela repose sur la liberté.
La nécessité est la mère de toute innovation, de toute victoire et de toute civilisation. Là où il y a nécessité, il y a action. Les êtres humains comprennent qu’ils ne peuvent pas tout faire par eux-mêmes, mais que, sur le marché, la capacité de l’un devient la solution à l’incapacité de l’autre par l’échange volontaire. Les politiques économiques devraient donc se limiter à protéger les contrats, les droits individuels et les droits de propriété afin de laisser le marché libre fonctionner sans entrave.
L’enseignement de la science économique autrichienne pourrait être la solution aux problèmes de notre société actuelle. Il s’agit d’un changement de paradigme.
Intervention
Dans son livre Interventionism: An Economic Analysis, Ludwig von Mises propose une analyse rigoureuse des systèmes économiques et affirme qu’il n’existe pas de « troisième voie » stable entre le capitalisme de marché et le socialisme intégral. L’interventionnisme — défini comme un système de propriété privée entravé par des décrets gouvernementaux — est intrinsèquement illogique, superflu et nuisible.
Au Québec et au Canada, cette critique résonne particulièrement dans le secteur agricole, notamment avec la gestion de l’offre appliquée au lait, aux œufs et à la volaille depuis les années 1970. Ce système repose sur trois piliers : des quotas de production stricts, des prix administrés et des contrôles à l’importation par des tarifs très élevés. Bien qu’il soit présenté comme un moyen d’assurer la stabilité, il illustre parfaitement les problèmes structurels mis en évidence par Mises.
Le problème fondamental de l’interventionnisme réside dans son inefficacité structurelle : il produit systématiquement des résultats opposés à ceux recherchés par ses défenseurs. Toute interférence dans le mécanisme des prix perturbe l’équilibre naturel entre l’offre et la demande. Les plafonds et planchers de prix, combinés aux quotas, créent une rareté artificielle et maintiennent les prix à un niveau élevé pour les consommateurs.
Pour corriger ces effets indésirables, l’État est confronté à un dilemme : soit il relâche son contrôle, soit il étend l’intervention par des subventions supplémentaires, de nouvelles réglementations ou un protectionnisme accru. Ce processus enclenche la spirale décrite par Mises, menant inévitablement vers davantage de socialisme.
L’interventionnisme paralyse également la productivité. Les restrictions de production, les tarifs prohibitifs et la réglementation lourde augmentent les coûts et détournent le capital et l’esprit entrepreneurial de leurs usages les plus productifs. Les conflits commerciaux se multiplient et les lois économiques sont ignorées au profit de jugements politiques ou moraux subjectifs.
Pour Mises, seul le libre marché constitue une solution rationnelle et viable pour l’organisation sociale. Fondé sur la propriété privée et un système de prix libre, il permet une coordination spontanée et efficace des actions humaines. Contrairement à l’interventionnisme actuel — caractérisé par des prix élevés, une lourde bureaucratie et une dépendance aux protections étatiques — le capitalisme de marché favoriserait l’innovation et placerait la souveraineté entre les mains des consommateurs plutôt que dans celles d’une autorité centrale.
Dépendance à la force et à la contrainte
L’interventionnisme est défini comme un système de propriété privée entravé, réglementé et dirigé par des décrets gouvernementaux. Contrairement au libre marché, où les actions reposent sur la coopération volontaire, l’intervention s’appuie sur des ordres restrictifs émanant d’une autorité sociale qui contraint les propriétaires et les entrepreneurs à utiliser leurs moyens de production différemment de ce qu’ils auraient choisi.
La mise en œuvre de ces politiques repose fondamentalement sur la force et la contrainte. L’État étant, par définition, l’appareil social de coercition, toute intervention gouvernementale est soutenue par la menace ou l’usage de la force physique. Lorsque l’autorité interfère avec la structure des prix, elle doit imposer ses décrets par la contrainte et, face aux pénuries qui en résultent, instaurer le rationnement et le contrôle total de la production.
Cette dynamique crée une dépendance nocive à l’action gouvernementale au détriment de la responsabilité individuelle. Le transfert de responsabilité vers l’État paralyse l’initiative privée et réduit la productivité humaine. Au lieu de répondre aux besoins des consommateurs par l’action rationnelle individuelle, le système se transforme en un régime de commandes politiques qui consume le capital et mène au despotisme bureaucratique.
L’interventionnisme est intrinsèquement instable et illogique. En sapant la responsabilité individuelle et en reposant sur la coercition, il engage la société dans une spirale où chaque nouvel acte de force appelle une nouvelle intervention, menant inévitablement vers le socialisme intégral. Pour Mises, seule l’action individuelle libre, dans le cadre de la propriété privée, peut assurer une coordination économique efficace et préserver la civilisation contre la destruction engendrée par l’ingérence étatique.
Conclusion
La crise à laquelle nous faisons face aujourd’hui n’est pas seulement économique : elle est éducative, philosophique et civilisationnelle. La domination de l’interventionnisme dans l’enseignement de l’économie politique a produit des générations de décideurs formés à gérer la société par la contrainte plutôt qu’à la comprendre à travers l’action humaine. Il devient urgent de diversifier l’éducation en économie politique, en réintroduisant des écoles de pensée concurrentes — notamment l’économie autrichienne — et en recentrant l’analyse sur l’efficacité, la responsabilité individuelle et la dignité humaine.
Un système économique efficace doit viser à maximiser l’individu, non à le subordonner à des objectifs collectifs abstraits. La liberté, la responsabilité et les droits de propriété ne sont pas des obstacles à l’ordre social : ils en sont le fondement même. L’efficacité n’est pas opposée à la morale ; elle constitue au contraire le moyen par lequel les ressources rares sont allouées de manière à améliorer réellement le bien-être humain.
Dans cette perspective, notre civilisation a besoin d’un processus de désocialisation, tel que l’explique Hans-Hermann Hoppe dans Democracy: The God That Failed. L’expansion de l’État démocratique a socialisé la responsabilité, affaibli la propriété privée et infantilisée les individus. La désocialisation implique de restaurer la responsabilité individuelle, de retirer l’État des sphères qu’il a indûment occupées et de rétablir la coopération volontaire comme principe organisateur de la société.
Ce n’est qu’à travers une telle transformation — intellectuelle, morale et institutionnelle — que nous pourrons enrayer le déclin civilisationnel. Une société fondée sur la liberté, la responsabilité et une science économique rigoureuse n’est pas seulement plus efficace : elle est plus humaine.


